Olivier de Berranger

MACROSCOPE : l'édition du 13 juillet

Les électrons montent au ciel

Tesla : 67% depuis début juin ! Amazon s’adjuge 30%, Apple 20%… Si les arbres ne montent pas au ciel, paraît-il, les électrons, eux, semblent avoir trouvé la voie !

Sur la même période, le nombre de personnes contaminées a explosé aux Etats-Unis et ailleurs, même s’il est vrai que le nombre de décès par jour n’augmente pas en proportion. De gigantesques plans sociaux sont annoncés, et des régions entières se retrouvent à nouveaux confinées, comme Melbourne et ses 4 millions d’habitants par exemple.

Le marché, celui des valeurs technologiques en particulier, est-il donc devenu fou ? Sommes-nous en train de plonger dans une bulle prête à exploser ?

Tout d’abord, ne confondons pas Tesla et les valeurs technologiques en général, notamment celles liées à internet. Si Tesla est certes technologique, elle n’a rien à voir avec internet. Elle reste une position très spéculative, alors que nombre de valeurs technologiques qui flambent en ce moment ont prouvé leur rentabilité.

Ensuite, il serait bien prétentieux d’être catégorique à propos de l’existence d’une bulle. L’avenir tranchera. Mais ce n’est pas notre conviction aujourd’hui, car les raisons justifiant la progression des valeurs technologiques, ne manquent pas, nous semble-t-il.

La raison principale est que les valeurs « star » liées à internet bénéficient mécaniquement du surcroît d’incertitude à propos de la crise sanitaire. Si de nouveaux confinements locaux sont décidés, si le télétravail perdure, si l’incertitude sanitaire s’installe pour des mois ou des années, les valeurs liées à la dématérialisation et à la robotisation ont toutes les raisons de progresser encore. Elles jouent le rôle de valeur refuge, malgré leur risque intrinsèque. Plus la crise sera longue, plus elles en bénéficieront.

La seconde raison est que la grande majorité des investisseurs voit les taux d’intérêts rester nuls (ou presque) pour des années, voire des décennies, comme c’est le cas au Japon depuis plus de vingt ans. Le temps peut donc s’acheter. Les hypothèses de valorisation sur les valeurs chères peuvent être envisagées à très long terme, un horizon qui les rend plus raisonnables qu’à court terme.

Enfin, certaines valeurs technologiques s’inscrivent dans des thématiques porteuses sur le long terme : leur bilan carbone est en général raisonnable, elles participent à la recherche d’efficacité énergétique ou productive et contribuent aux enjeux universels tels que l’accès à l’éducation, aux soins, aux loisirs, à la sociabilité.

Certes, les excès de valorisation existent. Mais dans ce monde en crise, la santé presque indécente de ces entreprises ne doit pas les condamner à l’opprobre. Le paradis est mérité pour les électrons.

Telex

♦  Sous les allocations, le chômage. Les données hebdomadaires du chômage aux Etats-Unis sont plutôt bonnes en apparence :  1,3 million nouvelles inscriptions hebdomadaires contre 1,4 la semaine précédente. Il s’agit de la septième semaine consécutive de baisse. Le nombre d’allocations continues passe de 18,8 millions (révisé à la baisse) à 18,1 millions. Mais lorsque l’on y ajoute les personnes inscrites aux programmes exceptionnels, le message s’assombrit : le total de personnes concernées augmente de 32,1 à 33,1 millions. Le rétablissement promet d’être long.

Services gagnants. L’enquête ISM du sentiment économique dans le secteur non-manufacturier américain, qui correspond majoritairement à celui des services, a surpris très positivement : l’indicateur remonte à 57,1 en juin contre 45,4 en mai. Là encore, le message est à nuancer à propos des répercussions sur l’emploi. En effet, si les composantes « activité » et « nouvelles commandes » rebondissent fortement, la composante « emploi » demeure déprimée.

 

 

Le picking de la semaine

SAP, des résultats préliminaires solides 

L’actu. Le numéro un européen des logiciels professionnels a annoncé des résultats meilleurs qu’attendus pour le deuxième trimestre 2020 lui permettant d’afficher la plus forte hausse du DAX 30 lors de sa clôture.

Notre analyse. Malgré le choc provoqué par la pandémie de COVID-19, SAP a annoncé un redressement progressif de son activité lors du deuxième trimestre. Les ventes du groupe allemand ont progressé de 1% et représentent 6,74 milliards d’euros contre 6,56 milliards attendus. Les revenus générés par le cloud sont en hausse de 18,8%, à 2,04 milliards d’euros (2,06 attendus) avec un carnet de commandes toujours rempli, tiré par une demande élevée et continue (+20% soit 6,65 milliards d’euros). Les ventes de nouvelles licences, en baisse de seulement -18%, ont fortement surpris les marchés qui prévoyaient une baisse de -40% de l’activité. Cette amélioration s’explique par la reprise rapide des ventes dans la région Asie-Pacifique qui contrebalance les zones Etats-Unis et Europe, moins dynamiques.

D’après le directeur financier du groupe, Luka Mucic, l’adaptation rapide de la structure de coûts, ralentissant les embauches et réduisant les dépenses discrétionnaires, a favorisé la  forte croissance du bénéfice d’exploitation et de la marge. Ainsi la marge EBIT atteint-elle 29,1%, soit 9% au-delà des attentes.

Conclusion. Dans ce contexte, le groupe technologique réitère ses perspectives pour 2020 et son ambition 2023, présentée dans son rapport du premier trimestre. Le chiffre d’affaires de l’année 2020 devrait se situer entre 27,8 et 28,5 milliards d’euros, soit une hausse comprise entre 1% et 3% comparée à 2019. De plus, la part des revenus récurrents, générés par les clouds et les activités de maintenance, devrait de nouveau atteindre 72%. 

Auteurs : Olivier de Berranger, CIO ; Alexis Bienvenu, Fund Manager

Article achevé de rédiger le 10/07/2020.
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